Tu as besoin de liquidités, tu as de l'or qui dort dans un tiroir, et le premier réflexe est de vendre. Sauf que vendre, c'est définitif : le bijou de ta grand-mère part chez le fondeur, tu encaisses une fois, et c'est fini. Il existe une autre porte, vieille de deux siècles et toujours là : le mont-de-piété, c'est-à-dire le prêt sur gage du Crédit Municipal. Tu déposes ton or, on te prête de l'argent dessus, et tu récupères ton bijou quand tu rembourses. Voici le barème réel, le coût exact, et surtout les cas où cette option bat la vente sèche.
Le prêt sur gage, en une phrase
Tu apportes un objet de valeur — typiquement un bijou en or —, un expert l'estime, et l'établissement te prête une somme adossée à cet objet. Tu repars avec l'argent et une reconnaissance de dépôt. Tant que tu rembourses (capital + intérêts) dans les délais, ton bijou t'attend dans le coffre et te revient intact. Si tu ne rembourses pas, l'objet part en vente aux enchères — mais même là, ce qui dépasse ta dette te revient (c'est le « boni »).
C'est un prêt, pas une vente. La différence tient en un mot : réversible. Et ce n'est pas un circuit marginal — l'encours du Crédit Municipal de Paris a atteint un record de 252 millions d'euros fin 2025, en hausse de 9 %. Quand le cours de l'or grimpe et que les budgets se tendent, beaucoup de gens redécouvrent qu'on peut mobiliser son or sans le perdre.
Combien on te prête
Sur l'or, le platine et l'argent, le prêt peut atteindre 80 % (les quatre cinquièmes) de la valeur estimée de l'objet. C'est nettement plus généreux que pour les autres objets (montres, maroquinerie, objets d'art), plafonnés à environ deux tiers (66 %) de leur valeur. L'or est le « bon élève » du gage, justement parce que sa valeur est liquide et facile à estimer au gramme.
Petit point de vocabulaire qui change tout : l'estimation porte sur la valeur sur le marché de l'occasion, pas sur le prix d'une vitrine neuve. Comme partout ailleurs sur OrOGramme, ce qui compte, c'est le poids d'or réel et le titre (18 carats, 14, 9…), pas l'étiquette d'origine.
Ce que ça coûte vraiment
C'est là que le malentendu est le plus fréquent. Le coût d'un prêt sur gage, ce n'est pas une commission sur ton or : ce sont des intérêts, calculés sur la durée pendant laquelle tu gardes l'argent. Voici le barème en vigueur du Crédit Municipal de Paris (TAEG, frais de garde de 1 % inclus) :
Traduit en euros, ça reste modeste tant que tu rembourses vite. Sur un prêt de 5 000 € au taux de 9,90 %, tu paies 247,50 € d'intérêts si tu rembourses au bout de 6 mois, 495 € au bout d'un an. Sur un petit prêt de 300 €, c'est 6,38 € sur 6 mois. Et le détail qui fait la différence : le remboursement est calculé au prorata du temps, sans pénalité de remboursement anticipé. Tu rembourses au bout de trois semaines ? Tu ne paies que trois semaines d'intérêts. Le prêt est par ailleurs renouvelable si tu as besoin de plus de temps.
Gage ou vente : le face-à-face
Mets les deux options côte à côte, sur le même bijou, et la logique saute aux yeux.
| Ce qui compte | Prêt sur gage | Vente sèche |
|---|---|---|
| Tu touches | jusqu'à 80 % de la valeur estimée | le rachat au gramme (≈ 74-77 €/g en 18k, fin juin 2026) |
| Le bijou | tu le récupères en remboursant | il part définitivement (souvent à la fonte) |
| Le coût | les intérêts seulement (TAEG ci-dessus) | la décote du racheteur sur le poids d'or |
| Si l'or monte | tu profites de la hausse, le bijou est toujours à toi | la hausse future est pour l'acheteur, plus pour toi |
| C'est fait pour | un besoin temporaire de trésorerie | te séparer pour de bon d'un or que tu ne veux plus |
La vente, tu la fais une fois. Le gage, tu peux le défaire. Pour un bijou que tu n'as pas vraiment envie de perdre, c'est toute la différence.
Les cas où le prêt gagne
Le prêt sur gage n'est pas toujours le bon choix — mais dans trois situations, il bat la vente assez nettement.
Le besoin est temporaire. Un trou de trésorerie de quelques mois, une dépense à absorber avant une rentrée d'argent. Tu mobilises 1 000 € sur un bracelet, tu rembourses six mois plus tard pour une cinquantaine d'euros d'intérêts (501-6 000 €, TAEG 9,90 %), et tu récupères ton or. Vendre pour racheter plus tard te coûterait deux décotes — celle du racheteur, puis la marge du bijoutier au rachat.
Le bijou a une valeur que le gramme ne mesure pas. L'or de famille, le cadeau de mariage, la parure transmise. La vente est irréversible ; le gage te laisse une porte de sortie. Pour beaucoup de gens, payer quelques dizaines d'euros d'intérêts pour ne pas vendre l'alliance de sa mère, c'est le meilleur achat de l'année.
Tu penses que l'or va monter. En vendant, tu cèdes aussi toute la hausse future à l'acheteur. En gageant, le bijou reste ton actif : s'il vaut plus dans un an, c'est toi qui en profites quand tu le récupères.
À l'inverse, si tu es certaine de ne jamais vouloir revoir ce bijou et que tu cherches le maximum de cash immédiat sans aucune contrainte de remboursement, la vente reste plus simple. Le bon réflexe, dans ce cas, est de comparer les rachats au gramme — pas de prendre le premier prix venu.
Pour décider sans te tromper
Avant de pousser la porte d'un comptoir de rachat, pose-toi une seule question : est-ce que je veux vraiment perdre ce bijou ? Si la réponse est « pas sûr », le mont-de-piété mérite un détour — l'estimation y est gratuite et sans engagement, et tu repars avec un chiffre clair. Et dans les deux cas, gage comme vente, tout démarre par le même socle : savoir ce que ton or pèse vraiment au gramme. C'est exactement ce que OrOGramme te donne à lire, en normalisant les prix de l'or 18 carats d'occasion au gramme.
Onze boutiques d'or 18 carats d'occasion, normalisées au gramme — pour savoir ce que vaut vraiment ton bijou avant de gager ou de vendre.
Pour finir
Le barème cité ici est celui du Crédit Municipal de Paris ; chaque Crédit Municipal (Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse…) fixe ses propres taux et sa propre quotité, alors vérifie ceux de l'établissement le plus proche de chez toi avant de te décider. Les taux évoluent aussi dans le temps : ceux donnés ici sont à jour à la rédaction de cet article, à reconfirmer le jour où tu déposes. Enfin, un prêt reste un prêt : il faut pouvoir le rembourser, et un objet non récupéré finit en vente aux enchères. Cet article t'aide à comparer les options, il ne remplace pas l'estimation d'un professionnel sur ton bijou.
Sources des chiffres cités :
- Barème des taux du prêt sur gage (TAEG 4,25 % / 9,90 % / 5,30 %, frais de garde 1 %, exonération < 500 €) : creditmunicipal.fr, consultée le 2026-06-29
- Quotité de prêt sur l'or (jusqu'à 4/5 de la valeur estimée, vs 2/3 pour les autres objets) : creditmunicipal.fr, consultée le 2026-06-29
- Fonctionnement (boni, prorata temporis, renouvellement, vente aux enchères) : creditmunicipal.fr, consultée le 2026-06-29
- Encours record de 252 M€ fin 2025 (+9 %) : aide-sociale.fr et moneyvox.fr, consultées le 2026-06-29
- Cours de rachat 18k indicatif (≈ 74-77 €/g, fin juin 2026, cohérent avec la série bijou OrOGramme) — à revérifier le jour de la publication, l'or bouge